Le Dauphin et de sa nourrice en amazone en 1643
Cher ami lecteur
Ce matin j’ai eu le plaisir de faire la connaissance de la nourrice royale dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye : elle montait en amazone un beau destrier blanc. Elle tenait devant elle le Dauphin qui avait sa propre petite selle d’amazone. Par sécurité c’était le fauconnier royal les accompagnant à pied qui tenait les rênes de la monture.
Il y a un siècle déjà, Catherine de Médicis avait mis la selle d’amazone à la mode royale, elle suivait son fils le roi Henri II dans toutes ses parties de chasses avec cet équipement.
Louis XIV jeune avec sa nourrice, monté sur un cheval et précédé d’un fauconnier : [estampe]
Vous l’aurez deviné cher lecteur, je n’ai rencontré la nourrice royale que dans les salons en ligne de la Bibliothèque Nationale de France, plus exactement à l’adresse
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84038490/f1.item#
Éditeur : Le Blond excud. demeurant rue S.t-Denys au Pavilion Royal. Avec Privilège du roi Source : Bibliothèque nationale de France, dépt Estampes et photographie, Date de mise en ligne 03/03/10
Je vous laisse lire ci-dessous, la légende qui n’honore que le dauphin mais identifie comme la jeune nourrice la dame en décolleté.
L’estampe dont il s’agit, est bien visible en ligne sur Gallica pour tout un chacun, depuis quinze ans. Nous ignorons le tirage de cette estampe mais Perette la nourrice royale fut longtemps très populaire auprès des visiteurs de la cour qui emportaient peut-être un souvenir d’elle et du dauphin avec cette image « pieuse ».
Alors à la Société Historique nous nous demandons tous comment l’estampe de la nourrice en amazone a-t-elle pu échapper à notre quête puis à notre veille si longtemps ?
Peut-être n’a-t-on pas voulu la voir, désolés qu’elle ne dévoile un téton à la manière des nourrices qui l’ont précédée, par exemple Elisabeth Ancel Longuet de la Giraudière dont une petite photo du portrait peint à l’huile sur toile[1] où elle donne le sein au dauphin emmailloté, figure dans l’entrée de la mairie par erreur (ou par ruse) des historiens de Gournay-sur-Marne depuis des années (2004 pour être précis).
Louis XIV et la dame Longuet de la Giraudière, 1638, huile sur toile, 84 x 68 cm, Versailles,
Musée nationale du château et des Trianon, MV 5272.
Il faut dire que la nourrice Elisabeth Ancel Longuet de la Giraudière en avait bavé pour nourrir le bébé royal avant ses six mois. Il était né avec deux dents et déjà vorace, il ne lâchait pas facilement sa prise. Élisabeth et d’autres nourrices qui ne cicatrisaient pas mieux qu’elle, durent abandonner la mission royale auprès du dauphin et de la reine. Elisabeth Ancel ayant tenu trois mois eut pour cela une pension de nourrice royale à vie. Celles qui suivirent, faillirent dans leurs tâches, la reine en était désespérée, jusqu’à l’arrivée de Perette Du Four ( quelquefois écrit Perrette Dufour ce pour quoi La Fontaine y est peut-être pour quelque chose avec : « Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait. Bien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville,… ». Mais cessons là, l’affaire est sérieuse.
Selon sa légende, la jeune Perette Du Four, âgée de 20 ans, fut repérée par un médecin de la reine mère, en train d’allaiter son premier fils prénommé Michel, sur le pas de sa porte à Montesson. Il le conduisit avec son mari Estienne Ancelin, voiturier de son métier, au château de Saint Germain-en-Laye pour un essais. Il se passa si bien qu’elle continua l’allaitement du dauphin pendant 18 mois. Elle se protégeait les mamelons avec des morceaux de couenne qui firent merveille, combinées avec les prières d’Anne d’Autriche qui fit peut-être, comme pour les nourrices précédentes, toucher les seins de Perette par le fameux doigt de Sainte-Anne, sainte relique vieille de 16 siècles.
Mais le Dauphin sur ce cheval n’a plus l’âge de téter. Il est passé à d’autres nourritures plus solides. Le petit Louis a l’air bien gras et Perette respire la bonne santé, décolletée au vent prenant le soleil. .
Mais attention cette nourrice au teint laiteux n’est pas encore sèche, cas si elle a sevré Louis à son deuxième anniversaire fêté en septembre 1640, quand elle n’avait que 22 ans elle a encore eu plusieurs enfants, frères et sœurs de lait du futur Louis XIV.
En effet le père nourricier du Dauphin, Estienne Ancelin de profession originelle, voiturier, n’a pas connu de panne. Quand il épousa Perrette, elle n’avait que dix-huit ans et se faisait appeler Pétronille du Four (ce qui reste à prouver). Pendant l’allaitement du Dauphin, elle fut privé de contact intime avec son mari et réciproquement, durant dix huit mois tout de même.
Louis XIV et Anne d’Autriche © RMN-GP (Château de Versailles)
À noter : jusqu’à l’âge de sept ans les garçons et les filles sont habillés de la même manière.
Par la volonté de la reine Anne très satisfaites qui voulut récompenser, les parents nourriciers du Dauphin, pour leurs efforts et leurs sacrifices, ils reçurent une propriété à Montesson, Estienne Ancelin devint écuyer du roi (maître d’hôtel) et plus tard contrôleur général de la maison de la reine Anne qui est Régente jusqu’au 15 ans de Louis. Elle se sentait très redevable de la fidélité des époux Ancelin qui la suivirent partout pendant la Fronde.
Ensuite Perette resta attachée comme une des premières femmes de chambre au service de la reine-mère puis en 1660 première dame au service, au côté de la Molina, de la reine Marie-Thérèse, au Louvre, à Saint Germain-en-Laye puis à Versailles où les Ancelin-Dufour avaient un appartement. Estienne Ancelin était devenu contrôleur généra de la maison de la reine.
Très longtemps après avoir été « nourrice de corps », Perette resta la cour, très intime de Louis XIV quelle voyait aussi souvent qu’elle voulait aux premières heures. Mais il aura fallu attendre la fin de la régence et les quinze ans du jeune roi Louis XIV pour qu’il offre une particule au couple nourricier. Estienne d’Ancelin et sa moitié Perette Du Four devinrent par lettres patentes en 1653 aristocrates de noblesse héréditaire et reçurent une armoirie.( AN X- 1a-8660-Lettres de Noblesse de Perette. Il faudra voir si l’armoirie présentait un ou deux tétons sinon des voitures sur fonds de voie lactée.
Plus tard, Perette devint femme de chambre des enfants de France, les petits fils de Louis XIV et de Marie Thérèse, le Duc de Berry et le Duc de Bourgogne.
L’Esc[2]. Estienne d’Ancelin reçut donc successivement la charge de maître d’hôtel du roi, de contrôleur de la maison de la Reine et plus économiquement en 1655, le privilège des coches et voitures de Paris jusqu’à Nancy de Paris à Metz. Cette dernière ville était dans le Royaume de France depuis juste un siècle. Mais le privilège de voiture (transport de personnes) sur une telle distance n’était pas forcément de tout repos vu l’état des routes. ( Archives nationales) En 1660, Estienne d’Ancelin reçut le privilège de voiture de Paris aux villes du duché de Bourgogne. Mais en 1660 la poste royale reçut l’autorisation royale de prendre des passagers, pour commencer, deux par chaises de poste et ainsi de suite. Estienne Ancelin renonça à son privilège.
Estienne d’Ancelin décédait en 1668, vingt ans avant son épouse. Ses enfants, les frères et sœurs de lait du roi furent gâtés sous la protection de Louis XIV qui veilla à ce qu’ils ne manquent de rien, qu’ils choisissent d’être nobles ou abbés. Leurs titres de noblesse héréditaires furent confirmés par le roi par lettres patentes.
Son frère de lait préféré puisque l’aîné Michel était décédé tout jeune, Louis d’Ancelin, qui succéda à son père comme gouverneur de la maison de la reine, a fait une bonne pioche. Il épousa en accord avec les altesses royales qui contre signèrent le contrat de mariage, Marie, la fille unique d’Étienne Levassor. Cet ancien conseiller royal était devenu[3], par agrément royal, en récompense de ses efforts, seigneur en partie de Gournay-sur-Marne et par achat, châtelain du fief de Palpoix un des fiefs de la seigneurie de Gournay.
(Seigneur en partie signifiait que Gournay-sur-Marne était en partie à la couronne de France qui pouvait reprendre à son gré la totalité de la seigneurie moyennant une indemnité au seigneur en partie).
Mais comme le manoir de Palpoix du Sieur Levassor n’était plus très rutilant depuis plusieurs grosses inondations, le Roi offrit aux jeunes mariés de leur faire construire à ses frais (puisqu’il en était aussi le seigneur) une nouvelle demeure seigneuriale avec quatre pavillons à l’image de l’ancien manoir centenaire de Jacques de Pylle.
Ce qui fut réalisé en 1680 de sorte que la veuve Perette d’Ancelin Du Four a pu y passer tous les beaux jours jusqu’à sa fin en 1688. Décédée à Paris, elle fut enterrée dans l’ancienne église de Gournay détruite en 1719. Sa pierre tombale n’a pas été sauvée.
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une œuvre parfois attribuée à Simon François, ↑
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L’Esc. abréviation de l’écuyer.
Sources
« Triel-sur-Seine, son histoire, ses légendes » rédigé par Mrs G Beaujard et D Biget.
« Perette Du Four nourrice de Louis XIV par Association Histoire et mémoire de Montesson bulletin de septembre 2014 ( montesson-histoire.com)
Après la disgrâce de la maréchale d’Hocquencourt qui paya pour la trahison de son mari à Dunkerque en 1655 elle perdit l’estime du roi. Elle dut céder des terres. La Maréchale céda d’abord à Levassor en 1655 ses derniers biens à Gournay dont le terrain de la tour du fort ancien. Le produit de la vente aurait du servir à la Maréchale pour reconstruire le Pont De Gournay. Elle n’en fit rien.
FRAD093_80J Archives départementales de la Seine-Saint-Denis 80J5 Ratification et enregistrement par le roi d’une vente faite par la maréchale d’Hocquincourt, dame de Gournay, à Etienne Le Vasseur, seigneur du château de Gournay, de l’emplacement d’une maison brûlée pour en appliquer une partie du prix de vente à la réparation du pont de Gournay. 1654-1655
Ensuite la seigneurie en partie de Gournay fut cédée à Estienne Levassor en accord avec le roi. ↑
19 mars 2025 @ 23h33
Félicitations pour cette fresque galante, votre écrivain a le don de procurer un petit brin singulier d’érotisme très délicieux, que les historiens parfois un peu trop sèchement écartent. Ce qui est agréable dans les découvertes ne nuit pas à l’Histoire révélée de cette manière…
Encore bravo et merci